28/04/2014

Alexandre Gauthier, cuisinier (ou "la faim de vivre et de faire vivre")

C'était il y a quelques mois, au détour d'un énième voyage et d'un aller-retour à La Madelaine-sous-Montreuil. J'avais eu le privilège de tenir entre mes mains le premier livre, tout juste sorti de l'imprimerie, d'Alexandre Gauthier. Quelques semaines après, je m'y plongeais plus sérieusement, feuilletant les pages un peu au hasard. On pourrait parler de rétrospective ou de monographie, tant l'œuvre culinaire du chef est dense et inspirée et inspirante. Mais en réalité, non, ce n'est ni une rétrospective, il n'y a rien de figé dans le passé, ni même une monographie, l'homme est multi-facettes. Ces termes ne conviennent pas, il leur manque quelque chose... Assurément, à mes yeux, le premier livre d'Alexandre est un manifeste. Pas une fin en soi mais une "faim de partager, de vivre et de faire vivre".


Vous savez, il sait, l'amour sincère que j'ai pour lui, pour sa cuisine et pour le lieu. Parmi toutes les si belles tables que j'ai pu faire et qui m'ont apporté tant d'émotions, La Grenouillère a une place à part, presque évidente, une "parenthèse" qui me bouleverse à chaque fois que je franchis le pas de sa porte, baigné dans l'obscurité puis la lumière. À chaque fois que mes souvenirs remontent à la surface de ma peau et de mes papilles. Elle est une expérience totale, "béni(e) par la magie des grenouilles" comme le souligne Kundera dans la préface du livre. Plus encore, je crois que j'admire, chez Alexandre, sa profonde capacité à exprimer, dans chaque détail, ce qu'il est véritablement, sans truchement, ni fausse modestie, avec toute la difficulté que l'exercice demande. L'esprit (comme les émotions) se révèle toujours "sauvage". Il doit être contenu sans lui ôter la moindre liberté. Son livre revient, d'une manière très dépouillée dans ses images et sa structure même, sur son parcours, sur ses inspirations et motivations, sur le questionnement qu'il porte autour du sens (réel) de la cuisine. Du territoire, préféré au terroir, de l'abstraction lyrique de Georges Mathieu au menu froissé sur la table. De l'héritage à l'intemporalité éphémère des choses. Je laisse, moi, ce livre, ton premier livre, Alexandre, au milieu des rares autres qui partagent ma vie et nourrissent mon univers, hors de ma bibliothèque, et finis ces quelques lignes par ces trois petits points de suspension que tu chéris tant, libre(s) d'imagination...


Alexandre Gauthier, cuisinier. Editions de La Martinière, 2014, 333 pages. Prix maximum conseillé : 45€. Préface de Milan Kundera, photographies de Marie-Pierre Morel. Sortie le 9 mai 2014.

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