17/09/2013

Voyage à Likoké (Piet Huysentruyt)

Certains noms portent en eux des consonances lointaines, des ersatz d'expéditions en terres inconnues mais dont la finalité mérite le tortueux voyage. Le chef belge Piet Huysentruyt est pratiquement inconnu en France. Pourtant, c'est bien ici, au cœur de la belle et rugueuse Ardèche, qu'il a, amoureux de cette terre, élu domicile il y a presque quinze ans de cela maintenant. En Flandre, Piet est une star du petit écran et a vendu quelques centaines de milliers de livres de cuisine. Son succès n'est plus à démontrer. On peut alors décemment vouloir lui demander pourquoi le choix de cette nouvelle vie, de ce restaurant aux seize couverts seulement. A cette question, il vous répondra, avec un petit accent, que le "o" de Likoké n'est pas totalement fermé, que la boucle n'est pas encore bouclée, qu'il veut revenir à ses premiers amours et finir joliment sa carrière avec, peut-être, l'étoile qui brillait dans sa vie moins médiatique d'avant.



Mais, avec Likoké, Piet a également voulu rendre hommage à son père, aujourd'hui disparu, surnommé ainsi durant l'époque coloniale du Congo. Les influences africaines apparaissent dans sa cuisine ici et là, par touches, mais au final, le fruit du travail de Piet reflète toutes ses multiples vies héritées, vécues et/ou choisies, comme autant de traces (ou libations ?) sur un mur dont il faut deviner l'origine. Terreuse, virile, sensible, chaude, sanguine, boisée, épicée, acide. Le jeu des étoiles se montrant bien souvent incertain et capricieux, j'ai envie de faire mienne cette courte introduction au livret vierge disposé à la table de chaque couvert, et de dire : "Imprègne-toi du souvenir et note autant de senteurs, de couleurs et de goûts que tu le souhaites. Et surtout ! Profite de la vie."



[fine crème brûlée au boudin noir, pomme verte
et mousse de chèvre]
=

 [moambe "'Au nom du Père", poulet en sot-l'y-laisse, gésier, tapioca au safran, feuilles d'épinard frit, tomate séchée,
crème de banane, coriandre, pour le plat signature du chef,
haut en couleurs, mais qui aurait peut-être demandé moins de saveurs différentes cependant]

=


[langoustine mi-cuite, lentilles béluga du Puy, crème de
mimolette, très bel équilibre terre-mer et maîtrise des cuissons,
aurais volontiers demandé un supplément...]

=


[le monde dans son assiette avec une jolie rivière ardèchoise
autour de la truite de Villefort, fenouil mariné, petits cailloux
de truite fumée, concombre mariné au yuzu, lard croustillant]

=


[roquette, pomme de terre, tomate cerise, tête de porc confite
à la vanille, homard grillé, vinaigre à l'orange et miel du pays
pour cette salade bowl, très juste utilisation de la vanille]

=


[porc en tête, pied et joue au jus de viande et de choucroute,
chou brûlé et étuvé au four, sans aucun doute l'un de mes
plats préférés, la cuisson particulière du chou lui confère
un très léger goût de chou-fleur]

=


[queue de boeuf, purée d'oignons, poudre d'oignons cebettes salée et  brûlée, pour cette petite assiette pleine d'humour et d'enfance, car ici, il n'est pas interdit de saucer... lik, ok !]

=

[superbe et étonnante olive verte sucrée, mangue,
sorbet et frangipane de coco, coco fraîche]

=


["Au nom de mon Père"]

=






[le chef Piet Huysentruyt]

Likoké - 7, route de Païolive, 07140 Les Vans (Ardèche) - tél : 06 27 83 98 57 - web : www.likoke.be - mail : contact@likoke.com. Cinq menus entre 70 et 160€ (9 plats). Fermé le dimanche et le lundi (septembre), ainsi que le mardi (octobre - novembre).


4 commentaires:

  1. tu semble retranscrire parfaitement l'univers du chef, et pourtant, je ne connais pas… la première photo donne envie d'y aller les yeux fermés !
    et quelle belle écriture mon poulet !

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    1. Merci Amélie ! Je suis certain que tu aurais aimé aussi...

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  2. ça donnerait presque envie de prendre la poudre d’escampette de Paris pour aller y déguster ces jolis mets

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