29/07/2011

La Belle Juliette ou "le portrait de la candeur (et) de la volupté"...

"Ce fut Christian de Lamoignon qui me présenta à Madame Récamier ; elle demeurait dans son élégante maison de la rue du Mont-Blanc. Au sortir de mes bois et de l'obscurité de ma vie, j'étais encore tout sauvage ; j'osai à peine lever les yeux sur une femme, entourée d'adorateurs, placée si loin de moi par sa renommée et sa beauté. Environ un mois après, j'étais un matin chez Madame de Staël ; elle m'avait reçu à sa toilette ; elle se laissait habiller par Mademoiselle Olive, tandis qu'elle causait en roulant dans ses doigts une petite branche verte : entre tout à coup Madame Récamier vêtue d'une robe blanche ; elle s'assit au milieu d'un sofa de soie bleue ; Madame de Staël restée debout continua sa conversation fort animée et parlait avec éloquence ; je répondais à peine les yeux attachés sur Madame Récamier. Je me demandais si je voyais un portrait de la candeur ou de la volupté.

Je n'avais jamais inventé rien de pareil et plus que jamais je fus découragé ; mon amoureuse admiration se changea en humeur contre ma personne. Je crois que je priai le ciel de vieillir cet ange, de lui retirer un peu de sa divinité, pour mettre entre nous moins de distance. Quand je rêvais ma Sylphide, je me donnais toutes les perfections pour lui plaire ; quand je pensais à Madame Récamier je lui ôtais des charmes pour la rapprocher de moi : il était clair que j'aimais la réalité plus que le songe. Madame Récamier sortit et je ne la revis plus que douze ans après.

Douze ans ! Quelle puissance ennemie coupe et gaspille ainsi nos jours, les prodigue ironiquement à toutes les indifférences appelées attachements, à toutes les misères surnommées félicités ! Puis par une autre dérision, quand elle en a flétri et dépensé la partie la plus précieuse, elle nous ramène au point du départ de nos courses. Et comment nous y ramène-t-elle ?

L'esprit obsédé des idées étrangères, des fantômes importuns, des sentiments trompés ou incomplets d'un monde qui ne nous a laissé rien d'heureux. Ces idées, ces fantômes, ces sentiments s'interposent entre nous et le bonheur que nous pourrions encore goûter. Nous revenons le coeur souffrant de regrets, désolés de ces erreurs de jeunesse, si pénibles au souvenir dans la pudeur des années. Voilà comme je revins après être allé à Rome, en Syrie ; après avoir vu passer l'Empire, après être devenu l'homme du bruit, après avoir cessé d'être l'homme du silence et de l'oubli, tel que je l'étais encore, quand je vis pour la première fois Madame Récamier. Qu'avait-elle fait ? Quelle avait été sa vie ?"

François-René de Chateaubriand (1768-1848)
in Mémoires d'Outre-tombe, 1809-1841, "Sur Madame Récamier"




Tous les grands hommes du 19ème siècle ont dû sans nul doute, comme Chateaubriand, être amoureux de Madame Récamier, connue et reconnue dans toute l'Europe pour sa beauté exceptionnelle, son charme ingénu et son esprit cultivé.

L'hôtel "La Belle Juliette" est une idée pleine d'audace, de talent, et mise en décor par Anne Gelbard, éditrice réputée de tissus pour la haute couture. Mieux, l'hôtel est un concept, entièrement tourné autour de la vie de Madame Récamier, de ses voyages, de ses amis, de ses amours, épistolaires.

L'esprit des salons mondains, littéraires et artistiques de l'époque y règne dans une manière toutefois très moderne, extravagante (dans la juxtaposition des couleurs notamment, ou la profusion des services à gâteaux), décalée mais toujours stylée, entre Directoire, Empire et LED en suspension...

Chaque étage porte son personnage, son parfum, ses teintes spécialement étudiés et crées pour l'hôtel. C'est, je crois, ce que l'on appelle "le souci du détail". Un petit monde à part, bien agréable, hors du temps et du bruit agité de la ville.


Merci à Lili et Anne pour cette après-midi un peu folle, encore une fois... J'adore ! Je vous adore ! Merci également au personnel de l'hôtel pour leur extrême gentillesse et leur disponibilité.

Hôtel La Belle Juliette 4**** - 92, rue du Cherche-Midi, 75006 Paris - tel : 01 42 22 97 40 et sur www.hotel-belle-juliette-paris.com.

Le prix des chambres varie de 300 à 700€ la nuit. D'inspiration italienne, le restaurant "Talma" rend hommage à François-Joseph Talma (1763-1826), prestigieux acteur français de son époque. Le restaurant devient salon de thé l'après-midi, entre 15h et 18h, avec une mention spéciale pour le petit jardin, à l'abri des regards.

10 commentaires:

  1. j'aime la folie...cette folie .
    celle d'oser, de pousser les portes, de s'unir pour devenir fort, de dépasser le temps qui passe, de profiter de la vie tout simplement.

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  2. Voilà quelques lignes bien philosophiques... mais tellement justes !

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  3. Rhôô, moi aussi je t'adore mon Laurent. une fois de plus, je suis la dernière du trio, mais je crois que vous en avez tellement bien parlé que je n'ai, en fait, rien à ajouter ni à montrer. Comment deux êtres aussi cultivés et talentueux puissent avoir plaisir à me fréquenter, ça me dépasse...
    Je vous fais un énorme bisou, et à dans trois semaines !!
    Anne

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  4. Anne, un trio, c'est un triangle... pas de premier, ni dernier ! et ta gentillesse, ton égale humeur et ta capacité à nous suivre dans notre dinguerie t'honore.Bises.

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  5. Lili, cette image du triangle résume parfaitement mon sentiment ! Il n'y a pas de concurrence, de jalousie, de classement entre nous, Anne, ne te sens pas lésée !!!

    La culture, là, c'est grâce à Wikipédia... ;))

    Et vive la dinguerie !!!

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  6. C'est très original cet endroit et à en lire ton billet on dirait un vrai voyage dans le temps et la littérature !

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  7. Ca fait rêver...maintenant, faut trouver un prince charmant pour s'y faire emmener :)

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  8. je suis amoureuse de ta 3e photo ! (la dernière aussi…)
    il doit être bien agréable de se plonger dans cette ambiance, d'une époque que l'on ne connaitra jamais vraiment, qu'au travers d'écrits ou de peintures… ou de cet hôtel.

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  9. Tiens, Melo est souvent amoureuse de la 3ème photo...

    Très joli billet gorgé de douceur, de splendeur, de poésie et d'amour.
    Très agréable de s'y plonger.
    Et les photos, splendides !
    La 1ère et la 11ème font battre le petit coeur.
    Merci pour cet instant de délicatesse, c'était bien bon à recevoir

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  10. C'était un petit voyage dans le temps, oui... J'aurais presque envie de ressortir ma redingote et mon chapeau haut de forme... ;)

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